Aïklando

Accueil­FAQ­Rechercher­S'enregistrer­Connexion
"Homme libre, toujours tu chériras la mer !"
"La mer enseigne aux marins des rêves que les ports assassinent."
"La sagesse, c'est d'avoir des rêves suffisamment grands pour ne pas les perdre de vue lorsqu'on les poursuit."
"Il est des moments où les rêves les plus fous semblent réalisables à condition d'oser les tenter."
"Le voyage est une suite de disparitions irréparables."
"Nous sommes de l'étoffe dont sont faits les rêves, et notre petite vie est entourée de sommeil."
"Dieu nous rêve. S'il s'éveille, nous disparaissons à jamais."
"Nous trouverons un chemin... ou nous en créerons un."
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujetPartager | 
 

 Ni d'Eve ni d'Adam

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Hybris Odd Gabriel
Newbie
Newbie


Nombre de messages: 6

MessageSujet: Ni d'Eve ni d'Adam   Mar 14 Juil 2009, 20:01

C'est l'absence d'odeur qui la força à sortir des limbes. Trop habituée aux relents gras et tièdes des salles informatiques, jamais aérées, aux signatures olfactives que laissent un bocal de formol cassé ou un détenu retrouvé mort dans sa cellule, ce soudain néant sensoriel la frappait comme un abandon. Cependant, Hybris était trop nonchalante pour réellement s'inquiéter de ce simple manque. Elle se contentait de froisser son nez long et droit dans une recherche plus poussée. Il devait probablement y avoir une explication simple. En réalité, il n'y avait qu'une odeur ici: la sienne. C'était un parfum grave et osé, de ceux que l'on ne sent bien que lorsque l'on enfoui son visage dans son cou, une effluve qui influence sans que l'on s'en rende compte, fragrance résolument évocatrice de ce qu'y reste d'indompté chez l'homme, un délice invitant au pire comme au meilleur. Mélange entre la bête et la rose, discret écœurement, bijou vulgaire. Voila qui résumait en un contraste tout le personnage d'Hybris, élégante de provocation et d'exagération.
Elle sentait contre ses omoplates la rudesse ingrate d'un mur. Apparemment, elle avait du s'endormir sans prendre le temps de rejoindre son lit. Il fallait avouer qu'elle ne manquait pas d'occupation ces derniers temps, mais elle qui était si soucieuse des apparences, ça ne lui ressemblait tout de même pas de s'assoupir n'importe où. Avec un léger râle endormi, elle étira son dos, arquant ses épaules en arrière autant que possible, jusqu'au léger craquement qui saurait la satisfaire. Ce bruit, comme un froissement d'os étouffé dans de la soie, était un rituel insolant. C'était son sacre renouvelé chaque matin. Sa manière de dominer l'espace proche. Si elle avait le temps de s'étirer ainsi, d'entendre son corps répondre à son sadisme avant que le monde ne la touche d'une quelconque manière, c'est que rien alentour ne la menaçait, rien n'était assez important, plus important que son confort. Ces matins aux réveils lents la mettaient de bonne humeur, mais elle était alors d'un orgueil plus irascible que d'ordinaire, elle croyait gouverner le monde. Mais c'était toujours préférable aux jours où, son sommeil interrompu par quelques urgences, elle semblait rugir chaque mot et chaque regard.

Ainsi, rassurée de voir son règne incontesté, elle pouvait oser l'ouverture mesurée d'un œil inquisiteur, qui saurait s'empresser de confirmer par la vue sa divine suprématie, tout en accordant aux alentours ce privilège immense: être regardés ne serait-ce qu'un instant par ses prunelles vert de gris. Mais malgré le rassurant craquement de son dos, la réalité n'était pas domptée comme il l'aurait fallu. A l'absence d'odeur et à l'inhabituel assoupissement venait s'ajouter un rouge omniprésent. Sa première pensée, encore enrobée de sommeil, fut de se dire que c'était sans doute la couleur qui la mettait le plus en valeur, que ce soit, par complémentarité, en faisant ressortir la luxuriance de ses yeux ou, par contraste, en accentuant la noirceur de sa chevelure. Alors ce rouge ne pouvait pas être une mauvaise chose. Mais ses remarques coquettes fuyaient lentement au profit de la réalité. Elle n'avait pas souvenir d'un salle pareille, encore moins d'y être entrée pour s'endormir. Une pièce dont les murs, le sol et même le plafond sont rouges, on s'en souvient! Il devait forcément manquer quelque chose, un élément pouvant tout relier. Elle avait du oublier ce rouage. Qu'avait-elle fait juste avant de s'endormir? Où était-elle allée, avait-elle parler à quelqu'un? L'inquiétude la traversait prudemment, laissant derrière elle une trainée de poudre.
Et une nouvelle constatation suffit à l'enflammer. Malgré une observation de la pièce dans son intégralité, nul porte ou fenêtre visible, pas la moindre ouverture. Mais pour l'instant, autre chose encore la rendait perplexe. Se décollant lestement du mur, elle se leva avec souplesse, mais avec cette souplesse alerte qu'utilise les proies pressentant la présence du prédateur, attendant seulement de voir de quel côté venait le danger avant de prendre la fuite. Elle s'approcha du mur en face d'elle. Ce qu'elle avait cru voir ne s'estompait pas. Il y avait bel et bien des photos d'elle placardées en une longue procession. Hybris n'aurait jamais cru être répugnée en observant sa propre image. En réalité, c'était le nombre de clichés et surtout leur diversité qui l'étourdissaient. Elle se voyait d'une manière inédite, par l'œil d'un observateur inconnu et insoupçonné. Ce n'était pas ce reflet d'elle-même qu'elle surprenait souvent dans les yeux des hommes, teinté d'envie imprononcée, ce n'était pas non plus son auto-satisfaction en se mirant dans une glace, non ici c'était la traque incessante d'un œil sans gène, un regard qui ne lui avait laissé aucun répit, qui l'avait vu dans toutes les situations imaginables. Elle qui s'efforçait de paraitre toujours à son avantage, c'était humiliant de voir qu'à son insu, quelqu'un avait réussi a voler ses rares instants de relâchement. Et ces images semblaient avoir été prises durant des années, depuis son enfance en réalité, ce n'était donc pas l'œuvre obsessionnel d'un adorateur inconnu qui l'aurait observée sans relâche depuis “seulement” quelques mois.

Là, son minois de gamine presque blonde -aussi étonnant que cela puisse sembler- dénué du moindre subterfuge, son grand sourire carnassier-dévoreur de bonbons, tourné vers le ciel. Sa peau, bien que claire, était plus rosée, plus vivante que maintenant. Ici, à l'adolescence, alors qu'on sentait déjà la femme qu'elle allait devenir, on la voyait traverser comme une apparition un couloir obscur qui avançait au milieu des cages où des formes s'agitaient, hurlaient, restaient prostrées dans le flou. Son visage impassible semblait voir un point lointain et dans ce calme fixe, on reconnaissait une certaine suffisance royale. A cette époque, son père avait décidé qu'il était temps qu'elle visite enfin les laboratoires et la prison-garde-manger de la Firme, malgré l'aspect choquant que cela aurait revêtu pour n'importe quelle jeune personne. Et il avait bien fait car loin de l'ébranler, cette découverte n'avait fait qu'accentuer son caractère, déjà savamment sculpté par une éducation particulière. Sur cette photo-là, ce même père tenant sur chacun de ses genoux une crevette emmaillotée dans un linge blanc. Il souriait en s'extasiant devant ses deux enfants tout juste nés, des jumeaux braillards et rouges, et derrière eux, un peu floue, toute une troupe d'hommes en blouse blanche se félicitaient de cette réussite. Et ça continuait ainsi, sans fin: Hybris qui se maquille soigneusement, Hybris faisant face à son père, assise sur le coin de son bureau, Hybris dans les bras de son frère, Hybris en combinaison, avec un masque, des gants, qui assiste à sa première intervention, Hybris qui ne craint pas le sang, Hybris devant les écrans des villes-éprouvettes, Hybris qui repousse les avances d'un barbu, Hybris en tenue militaire, Hybris avec une arme, donnant des ordres, Hybris surveillant les scientistes, Hybris écrasant au sol un fuyard alors qu'elle devait à peine être majeure. C'était interminable, captivant et ennuyeux tout à la fois.

Préférant se détourner des photos le temps de retrouver son calme, elle fit face au grand miroir qui se tenait à sa droite. Hybris avait de nombreux souvenirs de ce qu'elle appelait ses séance "d'entrainement expressifs", devant sa coiffeuse. Depuis l'adolescence, elle avait appris à se composer un visage suivant l'humeur, et la clé d'un tel travail sur soi-même était l'observation minutieuse. Dans cette recherche, elle avait même poussé le zèle jusqu'à un autre exercice: sourire gracieusement lors des repas interminables et mondains, alors que sous la table, elle s'appliquait à enfoncer une fourchette entre sa peau et ses ongles [ça rappellera peut-etre quelque chose à certaines personnes Wink ]. Bien sur, il y avait la transformation par le maquillage et la manière de s'habiller, mais cette coquetterie cachottière n'était venu qu'ensuite, inutile d'une certaine manière, mais agréable. Non, ces entrainements étaient surtout une recherche des expressions, des rictus à adopter. Devant sa glace, si jeune, elle travaillait son visage comme un sculpteur travaille la pierre. Elle apprenait à se connaitre, à connaitre le visage humain. Elle enchainait les froncements de sourcils, les moues, s'exerçaient à entrouvrir la bouche juste assez pour exprimer la surprise sans que cela semble exagéré. Ainsi, elle établissait un contrôle total sur ses traits sans jamais sembler crispée, elle manipulait chaque muscle facial avec une précision chirurgicale. Elle connaissait parfaitement la portée de la moindre ombre de sourire, toutes les nuances qu'il pouvait y avoir sur un visage humain. Elle pouvait parfaitement détacher son expression de ses pensées, jouer un sentiment opposé à sa réflexion, sans se trahir un instant. Cette longue étude lui avait donné un autre avantage: en plus de cette maitrise d'elle-même, elle pouvait également décoder avec une aisance particulière les expressions de ses interlocuteurs. Ce qui est un atout non-négligeable.
Mais aujourd'hui, dans le reflet que lui renvoyait la glace, il n'y avait rien d'autre qu'une incrédulité endolorie et une femme qu'elle ne reconnaissait que vaguement, comme à travers un brouillard lourd, celui du souvenir. Hybris se sentait étrangère à elle-même, l'esprit extraordinairement orphelin du magma habituel de pensées ravageuses. Elle avait le sentiment de n'être qu'un réceptacle sensitif, elle se contentait de se voir sans que cela lui évoque la moindre remarque. Elle avait rarement était un spectateur aussi parfait, aussi objectif.

Dans le miroir, son visage était blanc, sa peau avait la froideur du marbre et la préciosité de la soie. On aurait pu croire son visage, son cou, ses épaules creusés dans une perle immaculée, chaque arrondi et chaque creux révélant tour à tour des éclats nacrés et des ombres tendres. Rien ne semblait pouvoir altérer, toucher ou s'accrocher à cette peau diaphane. Cette blancheur en devenait même irréelle, inacceptable, intolérable: ce n'était pas humain d'être aussi pâle, elle semblait, tel un caméléon, avoir reproduit la couleur immaculée des blouses médicales, des carreaux de faïence de quelque laboratoire, avoir volé le teint des cadavres sans en garder rien de maladif. Au milieu de cette toile vierge, ses yeux n'avaient alors aucun mal à capter l'attention, même sans l'aide d'un trait de khôl. Car en effet, à cet instant, dans le miroir, son visage était miraculeusement laissé au naturel, et ses yeux montraient leur teinte véritable, leur forme réelle, sans se cacher derrière des poudres merveilleuses et traitresses. Ses prunelles semblaient contenir un océan par temps de triste pluie. Elles étaient d'un vert de tempête, presque le bleu des marécages. Une forêt délavée par les orages du temps. Ses yeux clairs, sans l'ampleur du maquillage, étaient à cet instant étrangement doux et calmes et cette impression était accentuée par ses lèvres fines, beaucoup trop claires à son goût, beaucoup trop discrètes, laissant possible l'éventualité d'un sourire bienveillant. La jeune femme était vaguement gênée de ce naturel affiché. Elle-même n'avait pas l'habitude de se voir dénudée de cette manière; au matin, elle s'empressait de plaquer sur son visage le masque habituel des vanités. Seul un observateur nocturne aurait pu contempler longuement son visage de vestale immaculée. Elle se sentait menacée: le maquillage marqué, les vêtements aguicheurs, tels étaient les composantes de sa carapace. Non pas que ce costume fut très différent de la personne qu'elle était réellement en dessous, mais elle avait simplement le sentiment que ces enluminures lui permettait de s'affirmer sans crainte. Les accessoires enchâssaient et sublimaient son essence même, le joyau qu'elle se sentait être.

Après avoir tenté de retirer le miroir du mur, en espérant découvrir une issue camouflée, Hybris tourna le dos à ce reflet qui ne lui ressemblait pas. L'agacement qu'elle ressentait à se contempler sans parure lui avait presque fait oublier l'inquiétude d'être enfermée dans une pièce inconnue. Ainsi, lorsqu'elle aperçu l'assemblage lui faisant face, elle ne put réprimer un sourire méprisant mais plein de satisfaction. En effet, sur le mur opposé au miroir, tout un puzzle de clichés reformait la femme fatale taille réelle. On aurait presque pu croire à un autre miroir ou à une seule photo sortie dans une dimension impressionnante, tant les proportions entre chaque fragment étaient scrupuleusement respectées, les détails concordant parfaitement, ne laissant qu'une infime césure, des différences de lumière et de teintes entre les images. Hybris contemplait sa posture royale et languissante tout à la fois, silhouette admirable, se glorifiant d'avoir un corps si agréablement ciselé, si parfaitement mis en valeur par des vêtements choisis avec goût. Elle avait toujours l'air de poser. Ses pieds impeccables, armés de chaussures vertigineuses, semblaient la placer sur un piédestal. Comme toute femme distinguée -tout du moins d'après ses critères- elle avait une passion dévorante pour les chaussures. Et plus c'était haut, plus elle aimait. Elle avait une collection impressionnante d'escarpins, de bottes, de salomés, de sandales et sandalettes, de talons-aiguilles et autres petites choses aptes à faire son bonheur, malgré quelques douloureuses expériences, bien vite oubliées cependant. Ses trésors n'avaient à ses yeux que des vertus: la rendre plus grande et plus élancée, lui faire des jambes interminables, mettre en valeur ses chevilles d'une exquise fragilité. Ah, stiletto mes amours! En repassant cette liste mentale d'avantages, elle se rendit compte qu'outre le maquillage, il lui manquait également une paire de chaussures aux pieds. La colère revint comme une vague tempétueuse; l'insurrection était proche.

_________________
"Et son ADN peut muter et elle peut se transformer en pigeon des mers" Douceur
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Hybris Odd Gabriel
Newbie
Newbie


Nombre de messages: 6

MessageSujet: Re: Ni d'Eve ni d'Adam   Mar 14 Juil 2009, 20:01

Elle tenta d'oublier l'abandon de ses précieux, essayant de se replonger dans la saine auto-adoration. Sur les images composant ses jambes, des étoffes de diverses teintes voilaient ses cuisses blanches qui apparaissaient parfois sous l'ombrage d'une dentelle charmeuse. Ses hanches étaient étreintes dans des tissus classieux, serrant au plus près leurs courbes pour mieux mettre en valeur la rare finesse de sa taille. Le contraste de ses formes étaient encore accentué à l'aide d'éternels corsets, qui avaient également le mérite d'offrir à la vue sa poitrine plantureuse et fière. Manquait-elle de pudeur en exposant aussi librement sa gorge au premier venu? Certains pourraient voir en cela une marque de vulgarité, de légèreté, ternissant l'image de la femme, la réduisant à une silhouette désirable. Mais il n'y avait pas plus faux que cet avis, en se montrant aussi pleinement, Hybris ne faisait qu'affirmait la puissance de son sexe. Car d'une certaine manière, c'était sa certitude profonde: les femmes sont faites pour régner. Mais elles l'ignorent tant qu'elles en deviennent pathétiques, misérables, se voilant la face en acquiesçant aux paroles de leurs pères et maris. Voilà la vision d'Hybris sur la condition des femmes: tout un potentiel immense, laissé en friche par un troupeau de grues. Et elle était bien décidée à révéler au monde cette supercherie qui s'ignore. Tiraillée entre le mépris de ses semblables et une haine délicieuse pour les hommes.
Tout n'était finalement qu'un éternel costume sans cesse renouvelé: talons hauts, corset et maquillage, la combinaison qui avait trouvé grâce à ses yeux. Ses épaules dressaient une arche distinguée, prolongée par ses bras nus et dangereux, aux mouvements hypnotiques et lents empruntés aux serpents. Ses mains se faisaient dociles et pourtant toujours prêtes à mordre, ses ongles peints en rouges par un funeste présage. Il y avait quelque chose de malsain dans ce soucis du détail. Elle n'était décidément pas humaine, sa beauté avait quelque chose de trop plastique, trop irréprochable pour être aimée, réellement aimée. Cette femme, d'une certaine manière, ne pouvait guère inspirer autre chose que du désir. Les gens qui l'entouraient savaient, inconsciemment, qu'elle n'était pas comme eux tous, c'était une plante expérimentale, élevée sous serre pour être plus pure. Une tentation de la mort, somptueuse et transcendée, promesse d'une nuit éternelle, cruellement belle.

Ses cheveux rappelaient ce serment sournois, ruisselant en une cascade luisante d'éclairs noirs. Toujours impeccable cette chevelure, jamais la moindre mèche vadrouillant à sa guise, elle y prenait garde. Comment espérer gouverner les hommes si on est incapable d'imposer sa volonté à ses cheveux? Non, c'était une armée bien sage qui encadrait son visage de poupée, se propageant par vagues nettes et brillantes. Hybris ne prit pas la peine de refréner le sourire orgueilleux qui monta à ses lèvres en constatant la présence de son maquillage sur sa représentation à taille réelle. En s'observant “nue” dans la glace, elle s'était sentie un peu perdue, comme dépouillée d'elle-même et de ses certitudes. Mais là, enfin, elle savait que c'était elle, vraiment elle, qu'elle contemplait avec un amour insondable. C'est simple, de ses traits ainsi redessinés, mis en valeur, elle aimait tout. La netteté rouge de ses lèvres tracées avec attention, la ligne noire et harmonieuse qui obscurcissait ses cils et prolongeait son œil, les ténèbres de ses sourcils bien dessinés, la mouche discrète trônant sur sa pommette gauche, près de sa tempe. Elle se sentait à la fois artiste et œuvre d'art. C'était un accomplissement total qu'elle ne devait qu'à elle-même.

Hybris se sentait rassurée, rassasiée, elle était tellement gorgée d'elle-même que rien d'extérieur ne pouvait l'atteindre. Bien sûr, une vague alarme résonnait encore sous son crâne, mais tellement lointaine qu'elle se transformait paisiblement en bourdonnement de guêpe. Certes, elle était enfermée dans une pièce inconnue, visiblement sans issue, et la décoration était pour le moins... dérangeante. Mais rien ne menaçait directement sa vie, il ne fallait pas paniquer. Et puis après tout, elle était la fille chérie de son père, et où qu'elle soit, tout serait rapidement mis en œuvre pour la ramener à la “maison”. Elle n'avait qu'à attendre patiemment.

_________________
"Et son ADN peut muter et elle peut se transformer en pigeon des mers" Douceur
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Ether
¤Admin¤
¤Admin¤


Nombre de messages: 2472
Localisation: ¤ Là où la mer et le ciel se rejoignent, sur l'horizon, là où le Rêve existe encore ¤
Métier/Fonction: ~¤Maître du Jeu¤~ / ~*Conteuse*~

MessageSujet: Re: Ni d'Eve ni d'Adam   Dim 19 Juil 2009, 17:40





Oh, une narcisse! C'était si rare, si rarement agréable! Embusqué, bien planqué, je la laissais tournoyer dans mon domaine. Sa puissance se reniflait à distance, comme un parfum capiteux. En plus d'être extravagante, elle devait être importante, cette plante là! Je profitais du spectacle, inlassable. Après avoir détaillé toutes les photos, elle se tourna vers moi, ô miroir, son beau miroir! Je restais immobile, mimant seulement ses gestes, ses attitudes. Je l'aimais bien, bien qu'apparemment perturbée, on sentait une suffisance immense dans sa contemplation. Cela me changeait. Souvent les gens passant par ici ont peur et ne bouge pas et souvent se trouve moche.
Quand elle décida de se détourner de moi, se préférant pleine de parures, il me fallut attendre encore un peu. Puis, dans un bruit de verre cassé, le sage reflet que je fus jusque là pris sa liberté. Mais sur mon visage -le sien- ce n'était plus ses yeux, mais les miens. Banals, marrons, couleur de boue.
Mais j'avais beau m'amuser en cette compagnie -seulement ennuyé de ne pouvoir jouer un peu plus avec elle- j'avais une tâche à accomplir. Avec emphase, je plaquais mes mains contre la surface insensible de la glace. Aussitôt, mon côté du miroir commença à être envahi par l'eau. La montée était régulière: les chevilles, les genoux puis bientôt les hanches. Sur le liquide, une clé d'un rouge blasphématoire flottait bien qu'elle sembla taillée dans un métal pesant. Mon torse fut noyé, puis mon menton. Je fermais les yeux avant de les rouvrir sous l'eau. Puis enfin, le miroir entier fut saturé d'eau. La clé se mit à couler, et plus elle s'enfonçait plus elle semblait se désagréger. Quand il ne resta rien de l'objet rouge, le miroir éclata, dispersant seulement quelques gouttes d'eau. Là où je me tenais l'instant d'avant, le passage noire attendait la venue de ma jumelle.




_________________

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://etoilethernal.skyblog.com/ En ligne
Hybris Odd Gabriel
Newbie
Newbie


Nombre de messages: 6

MessageSujet: Re: Ni d'Eve ni d'Adam   Ven 13 Nov 2009, 12:06

Comme s'il n'avait été jusque là qu'une flaque d'eau suspendue miraculeusement au mur, défiant les lois élémentaires de la physique, le miroir se disloqua soudainement sur le sol en gouttelettes, éclaboussant au passage le dos de la jeune femme. Surprise, elle se retourna pour observer le liquide répandue mais surtout la gueule noire laissée à la place du miroir. A son arrivée, elle avait pourtant vérifié que la glace ne cacha aucune ouverture. Ce petit jeu devenait de plus en plus étrange. Est-ce qu'un adversaire, un rival de la Firme l'avait fait kidnapper? Dans quel but? La torturer pour lui soutirer les mystères de Lan Rei Ouest? L'échanger contre une rançon, argent ou information? L'étudier pour découvrir son secret? Si la suite promettait d'être intéressante et injectait désormais plus de curiosité que d'inquiétude chez Hybris, elle n'en oubliait cependant pas d'être prudente. Mais après tout, depuis longtemps déjà elle avait été préparée à ce genre d'éventualité. Si une seule personne était capable de se sortir de ce merdier, c'était bien elle. Avançant lentement vers l'obscurité, elle porta instinctivement sa main à sa hanche, mais malheureusement pour elle, il n'y avait pas que le maquillage et les chaussures fantaisistes qui s'étaient fait la malle. Il faudrait se passer des grossièretés de son bon vieux Glock. Elle pesta entre ses dents -c'était une habitude élevée au rang d'art chez elle, elle adorait jurer ou prononcer des mots cocasses tout en gardant son allure de grande dame, prenant un malin plaisir à voir les gens déconcertés par ce contraste. Mais à cet instant, il n'y avait personne pour s'étonner de tels propos dans sa bouche. L'idée d'avancer dans le noir sans arme, sans connaitre les lieux et en étant à la merci d'un hypothétique ennemi l'attendant sagement ne lui plaisait guère. Mais avait-elle le choix? Après tout, si on avait voulu la tuer, ce serait déjà fait, on n'aurait pas pris le temps de faire toutes ces mises en scène et de risquer de la voir s'échapper. Tout cela n'était finalement qu'une grosse blague douteuse, désagréable. Mais pas réellement dangereuse. C'est du moins ce qu'elle essayait de se dire en passant du côté obscure de la force pièce.

Ne pouvant plus se fier à ses yeux -ce qui n'était pas plus mal après l'orgie encaissée dans la salle rouge- il fallait ruser avec les autres sens. Mais encore une fois, il n'y avait aucune proie pour son nez. Et aucun bruit n'atteignait ses oreilles. Pour l'instant.
Avançant lentement, sans bruit, elle guettait. Mais malgré sa vigilance, elle ne put voir venir la fermeture de son unique repli, derrière elle. Adieu sordide salle rouge, je t'aimais bien. Les alentours n'étaient que néant. Une obscurité plus épaisse que celle connue par le commun des mortels, une noirceur pâteuse, impossible à déchirer. Même en plaçant ses mains sous son nez, elle était incapable de les voir et ne pouvait s'assurer de leur présence qu'en les touchant. Il existe un genre de ténèbres qui vous fait douter de votre propre existence. Et elle était en plein dedans. Méthodique, elle commença à avancer sur un côté, bien décidée à trouver un mur et à le longer jusqu'à dénicher une ouverture dissimulée, un levier, un interrupteur, une lampe, n'importe quoi. Mais elle ne faisait que s'enfoncer toujours plus loin, sans trouver la moindre cloison: cet endroit semblait s'étendre sans limite, et elle regrettait déjà de s'être éloignée de l'entrée, bien incapable désormais de la retrouver. Même en se dirigeant là d'où elle venait, elle ne trouva rien. Cette noirceur sans horizon devenait terrifiante, bien plus oppressante qu'une cage.
Alors elle se mit à crier. Un quelconque observateur aurait pu y voir un signe de panique, mais on en était bien loin. Hybris avait comme changé de peau, abandonnant sur le seuil la femme superficielle et coquette pour revêtir son costume stricte et méticuleux de tacticienne. L'instinct militaire avait prit possession de son corps et elle guettait le moindre écho que son cri aurait pu provoquer, cherchant à obtenir des informations sur son environnement. Mais c'était comme si son hurlement avait été littéralement arraché à sa gorge, happé par les ténèbres. Puis rien d'autre. Hybris était de ces personnes capables de s'adapter rapidement et de combattre dans toutes les situations, avec un rien, usant de toute leur énergie et inventivité pour retourner la moindre information, le moindre objet à leur avantage. Mais comment se battre les mains vides et contre un adversaire inconnu, immatériel. Le noir reste une peur primaire, une peur d'enfant, absurde, et pourtant monstrueuse, car c'est une non-chose, impossible à atteindre. Une infinité de possibles, bien planqués.

C'est à cet instant, quand la jeune femme sentit avec rage que son impuissance était au moins aussi vaste que cet endroit, que le silence se perça, devenant bruyant. Ce ne fut d'abord qu'un désagréable froissement, comme le bruit de sabots de chevaux se trouvant très loin, sur l'horizon. Mais ils étaient mille, déboulant du sommet des collines, l'encerclant de toute part et se rapprochant dans une discorde de fanfare. Le bruit augmentait progressivement, avec une rapidité affolante, jusqu'à devenir étouffant, lui donnant l'impression qu'elle allait se faire piétiner d'un instant à l'autre. Mais comme une apothéose à ce feu d'artifices, une voix d'une douceur étourdissante se juxtaposa au tumulte pour le faire taire, brûlante comme du satin, caressante comme des flammes. Il y avait quelques ironies doucereuses dans le ton, comme une critique éternellement coincée dans la poitrine. Quel triste et irritant mal de gorge!

“La voilà enfin, meilleure que Dieu et pire que le Diable, avec sa farandole de déguisements, sirène, succube, vampire, quoi d'autre encore? Un cauchemar déguisé en fantasme. Et inversement.”

Ces paroles auraient pu en abattre plus d'un. Mais au contraire, c'était juste ce qu'il fallait pour raviver Hybris: lui offrir un moyen d'avancer, quelque chose à quoi se raccrocher. Elle voyait là -ou devrais-je plutôt dire entendait- une blessure à faire saigner, une faille à explorer. Et elle se lança dans une répartie cinglante, car un combat de mots reste toujours un combat.

Cela me semble plutôt fidèle comme présentation, et assez élégant pour une introduction venant d'un être sans doute trop laid pour oser montrer son visage. Vous auriez pu ajouter “L'Alpha et l'Oméga”, ça aurait donné une touche mystique qui n'aurait pas été déplaisante et mon égo vous en aurait sans doute grandement remercié. Mais rassurez-vous, je ne vous tiendrais pas rigueur de ce manquement.

-Mais c'est qu'elle pique! Nous qui vous prenions pour une plante vénéneuse, seriez-vous en faite un vulgaire cactus?

-Ne puis-je pas être les deux? Une sorte d'hybride de ces choses dangereuses.

-Comment vous appelle-t-on déjà dans les opérations spéciales...? Oh oui, Black Baccara. Une rose noire... Belle mais cruelle, douce comme du velours à la vue, parure profonde et intrigante, mais qu'on ne peut toucher sous peine de se taillader profondément...

-C'est à cela que certains me comparent en effet, mais je trouve ça horriblement cliché. Cependant, ce surnom ne manque pas de charme. Dans tout les cas, vous avez l'air d'avoir la main verte. Est-ce que tout le reste l'est aussi? Je pourrais alors bien facilement comprendre votre honte, c'est une couleur si difficile à porter!

-Vous êtes donc de ce genre là, d'une mesquinerie fade, à attaquer sur le physique des gens?

-Oh, mesquine, cela me semble plutôt faiblard, cherchez un adjectif à ma hauteur. Vous ne voudriez tout de même pas offusquer votre invitée.

-Sournoise alors, et presque méchante.

-Presque? Qu'est-ce que cela, “presque”? Décidemment, vous vous complaisez dans la demi-mesure. Ayez le courage de vos opinions. Je ne sais pas pourquoi je suis ici, mais j'espère au moins que ce n'est pas pour recevoir votre vision édulcorée.

-Oh, rassurez-vous, vous n'êtes pas ici pour cela... C'est votre vision qui nous intéresse, pas celle que nous pouvons avoir de vous...


La Voix s'était mise à parler de plus en plus bas, devenant un murmure inquiétant, vibrant comme une menace. Quand le chuintement de son dernier mot s'éteint, une déferlement de cris s'éleva tout autour d'Hybris, lui donnant l'impression d'être en pleine tempête. Elle ne put refréner le réflexe de se protéger la tête, mais c'était bien inutile, les hurlements étaient dedans comme dehors, déchirant l'air et ses tympans mais tailladant avec plus de rage encore l'intérieur de son crâne. Ce n'était d'abord qu'un boucan incompréhensible, une mêlée affreuse de bruits, rugissements et vociférations, puis la jeune femme identifia dans cette tourmente des gémissements aux allures de phrases désespérées, bien qu'elle n'arriva pas immédiatement a en comprendre le sens. Au dessus, une voix teintait comme une clochette stridente, lâchant un chapelet de mots, comme une malédiction, un décompte sonnant la fin du monde.

“Paresse...”

Peut-être le vice qui s'éloignait le plus d'elle, et pourtant bien présent, de manière subtile. Hybris, de par son rang dans la Firme, mais aussi par son caractère, était quasiment toujours affairée. Elle aimait contrôler, surveiller, décider. Pouvant tout faire, elle aurait voulu être partout à la fois. Mais quand elle réalisait soudain sa force, mue par une complaisance et une autosatisfaction délicieuse, elle retombait, alanguie, dans le plaisir ennuyeux et lent d'avoir la possibilité de ne rien faire. Une langueur peut-être trop calculée pour être appelée paresse. Elle étudiait ses poses pour en faire toujours ressortir un dédain raffiné, une sorte de distance envers le monde et le commun des mortels. Elle se jetait dans des activités futiles, jouant la fille légère et étourdie ou bien l'indifférente féline qui se repait de voir les autres s'activer. Elle aimait narguer ceux qui ne pouvait pas se payer ce luxe, cette indolence était surtout l'occasion de se faire servir, de faire sentir sa suprématie. Elle aimait ce sentiment d'attente, voir les êtres s'inquiéter de son immobilité, se demander comment la contenter, leur anxiété montant inexorablement. Ils voyaient dans ces moments de lenteur le fameux calme avant la tempête et ils s'agitaient comme des guêpes par une journée de mai pour trouver ce qui pourrait bien leur servir de parapluie (ou d'abri anti-aérien). Sa nonchalance lui donnait à peu de choses près le statut d'une reine face à ses sujets. C'était une manière de contenter son...

“...Orgueil...”

Car beaucoup de ses comportements pouvaient être expliqués par ce trait de caractère élevé au rang d'art chez la jeune femme. Narcissique à n'en pas douter, elle s'aimait -tant physiquement que mentalement- avec une folie démesurée, ce qui la rendait tout à fait incapable de porter une réelle estime aux autres, encore moins des sentiments. Quiconque avec vue sur son âme aurait pu se rendre compte du puits profond qu'était son cœur, emplie d'un élan incommensurable. Mais cet amour n'était qu'un miroir destiné à elle seule. Il n'y aurait jamais de place pour un autre être, car ça serait un sacrifice de son amour-propre. Mais même dans l'optique où elle aurait été prête à céder un peu de cette amour qu'elle se réserve, encore eut-il fallu trouver quelqu'un qui en fut digne. Car autour d'elle, elle ne voyait que des imbéciles, des maniaques et des espèces de pantins rigides. Personne n'arrivait à soutenir la comparaison, car Hybris appliquait aux autres la même exigence irréprochable qu'elle se demandait à elle-même. Elle était sans pitié, son esprit critique les fusillant sans laisser le moindre survivant. Tous étaient manipulables, influençables, obtus, tous se butaient contre quelque chose, une fonction, une morale, un objectif, un passé. Les femmes comme les hommes, les militaris ou les scientistes, les cobayes aussi, tout cela n'était qu'un brouhaha de défauts agaçants. Même les êtres les plus appréciés lui semblaient souvent de sordides imperfections en puissance. Odd Gabriel Senior était un vieux mégalo qui avait certes le mérite d'avoir bâti un empire puissant, mais qui avait perdu sa fougue et son génie en même temps qu'une grande partie de ses cheveux. Oh, ce n'était pas un homme négligeable pour autant, malgré ce vieillissement, il restait fort et craint de tous les employés de la Firme. Il était froid, intelligent et fait pour mener une armée à la baguette. Et c'était sans doute le seule homme réalisant l'exploit de trouver un soupçon de grâce aux yeux d'Hybris. Le duo père-fille était bâti sur une étrange relation de respect mutuel et de provocation, chacun connaissant la valeur de l'autre tout en le poussant à bout dans des faces à faces enjoués et durs. Mais la jeune femme n'oubliait pas qu'elle s'était construite seule, malgré les attentions dont elle avait été entourée, malgré les privilèges et l'éducation extraordinaire, ce qu'elle était aujourd'hui, elle ne le devait qu'à elle-même.

“...Gourmandise...”

Créature distinguée, Hybris savait apprécier les mets délicats que lui offrait son statut social. Elle sait se délecter des bonnes choses, aime le vin de prestige et n'hésite pas à en offrir à ses invités, se réjouissant alors de l'ambiance tamisée qui s'instaure lorsque le liquide vermeil roule dans les verres. Mais gourmande, elle l'est dans sa démesure sans doute, plus que pour un appétit excessif. Le terrible besoin de savourer le moindre plaisir tant qu'il en reste, comme par peur de ne pas en recroiser avant longtemps. Peu importe d'en avoir déjà eu sa part, elle voulait croquer dans tout ce qui était à sa portée, plus par principe, pour être sûr de ne rien manquer, de ne manquer de rien. Et une nouvelle fois, elle trouvait là un moyen de se prouver son importance, son pouvoir, elle n'avait qu'à tendre le bras pour saisir ce qui lui faisait envie et le plaisir était plus dans ce sentiment que rien ne lui était impossible, qu'elle pouvait tout avoir, plutôt que dans la délectation pure et la valeur de la chose possédée. Un empressement goulu, une soif de tout, tout de suite, un ensemble de caprices qui faisait d'Hybris une gourmande non pas gustative mais universelle. Rien ne comblait sa curiosité, son éternelle insatisfaction. En fait, plutôt que gourmandise, le mot qui convient plus exactement est...

“...Avarice...”

Oui, avare. De puissance et d'argent essentiellement, car l'un va rarement sans l'autre. De nature ambitieuse, la jeune femme adorait voir s'empiler les richesses, elle y voyait une preuve de son avancement. Tenir le monde dans la paume de sa main lui semblait un rêve à sa mesure. Elle savait se montrer reconnaissante envers son père sur un point au moins: en érigeant une société aussi influente et productive, il avait donné à sa fille les armes qu'elle méritait et dont elle avait besoin. Ainsi, elle qui ne s'inclinait devant personne, ne rendait aucun compte, elle vouait pourtant une fidélité dévouée à la Firme et ses projets, s'y impliquant de tout son être, prête à tout pour augmenter toujours plus la suprématie de l'entreprise. Car après tout, c'était sans doute le meilleur moyen pour devenir à son tour plus puissante, plus incontournable. Sans état d'âme, elle était prête à mettre en œuvre n'importe quel stratagème pour obtenir l'objet de ses convoitises. Et les gens au final étaient inclus dans ce même procédé, des jouets qu'elle aimait choyer et jeter au gré de son humeur. Rien ne semblait l'inquiéter suffisamment, aucun ennemi ne semblait pouvoir l'intimider, la faire renoncer, si elle avait décidé d'obtenir quelque chose. Cependant, avare oui, pingre non. Hybris était consciente que tout se paye, et que si elle voulait obtenir ce qu'elle désirait, il fallait parfois accepter de se délester d'autre chose. Dès lors, elle savait marchander ses demandes avec une générosité faste, récompensant parfois, dans les bons jours, l'aide qu'un employé pouvait lui apporter, s'assurant ainsi sa loyauté à venir. Les gens sont une marchandise comme une autre, qu'on peut acheter, à condition de payer le prix suffisant. Deux pièces et ils font le dos rond...

“...Luxure...”

Son allure de femme fatale suffit à lui conférer une aura de débauche. Comme elle avait pu le montrer dans la salle précédente, Hybris était d'une coquetterie extrême, presque maladive. Impudique, aguicheuse et d'une beauté voluptueuse, Hybris s'amuse à tourmenter les hommes. Elle aime ce frisson de puissance quand elle constate que d'un claquement de doigts, ils seraient à genoux pour exaucer le moindre de ses désirs. Mais une fois à ses pieds, elle préfère le plus souvent les écraser du talon, les empaler sous ses chaussures. Rares peuvent se vanter d'avoir obtenu ses faveurs, et des rumeurs folles courent alors sur les penchants de notre mente-religieuse, créant un mystère autour d'elle, fascinant et effrayant à la fois les possibles prétendants. Certains de dire que l'acte charnel chez elle n'est qu'un exutoire de sa misandrie, lui donnant une occasion de plus de soumettre un homme pour sa propre extase. D'autres prétendent qu'elle préfère la compagnie des femmes, bien qu'elles ne bénéficient guère de plus de clémence aux yeux de l'impitoyable Hybris. Quelques uns encore aiment à raconter que derrière son air impérial et intouchable se cache en réalité un amour impossible qu'elle ne peut oublier. Hybris serait-elle en réalité une héroïne racinienne qui ne pouvant aimer celui que son cœur a choisit, adopterait un comportement méprisant envers tous ses prétendants? Oh, que de jolies et sordides hypothèses... Mais au fond, peu importe le partenaire, seul compte le plaisir.

“...Envie...”

Difficile d'envier la situation d'un autre lorsque l'on est si convaincu d'être supérieur à tous. Cependant, tout avoir ne suffit pas, il faut aussi que les autres ne puissent avoir cette chance, sinon, où serait l'intérêt? Capricieuse, Hybris n'hésite donc pas à jouer de son autorité ou autre pour contenter ses envies au dépend de tout un chacun. Priver quelqu'un de ce qu'il désire l'amuse presque autant qu'obtenir ce qu'elle veut. Elle est jalouse des objets et des personnes, possessive à l'excès. Toute chose attisant son intérêt, pour une raison ou une autre, que ce soit important ou tout à fait anecdotique, devenait dès lors une obsession. Et dès que ce bien est en sa possession, il n'est plus question d'y renoncer, du moins tant qu'elle ne s'en est pas lassé. Dans le doute, lorsqu'elle est sceptique, elle préfèrera toujours prendre pour mieux jeter après plutôt que de laisser filer un met qu'elle pourrait regretter. Elle est comme une enfant qui convoite toute chose aperçue, la désirant plus fort encore en voyant un autre jouer avec, et qui se rend compte, une fois qu'elle l'a, que finalement, c'est beaucoup moins amusant que ça en avait l'air. Cependant, le moindre regard envieux d'autrui suffit à réveiller la flamme de sa jalousie, et elle veille sur son trésor comme un dragon paranoïaque, non pas car l'objet lui est d'une grande valeur, mais car l'objet est à elle. Il en va de même dans les relations, chacun apprend bien vite à reconnaître les regards terribles de la belle, ceux qui signifie “éloigne toi de lui, ne lui parle même pas, il est à moi”. Elle aime disposer des gens comme d'un animal de compagnie qu'elle pourrait placer sur ses genoux pour le caresser quand l'envie lui en prend, lui dispensant ou non son attention quand celui-ci le réclame, le laissant vagabonder mais pouvant le ramener à elle en tirant sur la laisse. Hybris avait ce besoin extrême de domination, et dès qu'elle s'intéressait à quelqu'un, elle n'arrivait pas à visualiser le lien autrement que comme un rapport de force, un abandon de l'un en faveur de l'autre, une possession. De là vient sans doute qu'aucun être ne puisse s'attacher bien longtemps à cette créature.

“...Colère.”

A l'échelle de Lan Rei Ouest, mettre Hybris Odd Gabriel en colère revenait presque à provoquer dieu en duel. Autant dire que rares sont ceux qui s'y risquent sciemment. Personne n'attaque un homme de pouvoir sans en craindre les conséquences. Tout le monde a quelque chose à perdre, quelque chose à cacher. Quelque chose qu'Hybris pourrait dévoiler, mettre à mal. En effet, tous les employés de la Firme ont vu leur vie passée au peigne fin, chaque détail retranscrit dans un dossier bien gardé, la plus petite faiblesse précieusement consignée, à portée, le plus maigre moyen de pression prêt à être exploité. Rien n'est trop beau pour s'assurer la loyauté de ses subordonnés. Oui, vraiment, en Lan Rei Ouest, Hybris ressemble à Dieu, omnisciente et lunatique, décidant de vie ou de mort, connaissant tous vos pêchés. Confesse-toi mon enfant. A la moindre erreur, la foudre vous tombe sur la tête et vous n'êtes plus rien. C'est une vérité doublement exacte dans le cas d'Hybris. D'un caractère emporté, la jeune femme peut entrer dans une rage folle pour un simple détail contrariant sa bonne humeur. Excessive, sa rage est démonstrative et a besoin d'exemples punitifs. Étrangement ces jours là, les gens se débrouillent pour ne pas la croiser, et ceux qui sont obligés de s'adresser à elle le font avec encore plus d'humilité et de crainte que d'ordinaire. Car elle n'hésite pas à passer ses nerfs sur un pauvre innocent pour la seule raison qu'il est le seul qu'elle a sous la main. Que dites vous, ce n'est pas juste? Mais c'est elle, la justice... Qui oserait la remettre en question?

Hybris souriait doucereusement, amusée par cette récitation des pêchés capitaux qui entrainait chez elle toutes ces pensées introspectives, presque flattée du portrait vicieux qu'y en ressortait. Bien sûr, il était réducteur de la considérer uniquement sous cet aspect vipérin, elle était tellement plus que cela. Mais ça avait tellement fière allure...

Puis des mots isolés frappèrent sa compréhension.

Cruelle. Pourquoi. Monstre. Superficielle. Cœur. Jouets.

Et doucement, intriguée par cette nouvelle rengaine à laquelle elle tentait de donner un sens, elle parvenait parfois à reconstituer des phrases. Puis l'ensemble sembla se clarifier, le chœur assourdissant et beuglant s'estompant pour laisser place au féroce soliste qui l'avait accueillie.

“Tu n'es qu'une hésitation! Tu n'arrives pas à choisir... Tu joues de ton allure de femme tout en te voulant homme. Et plutôt que d'avouer ton indécision, comme une faiblesse, tu les haïs tous, tu n'arrives à te sentir bien nul part, avec personne. Tu détestes l'image qui colle aux femmes, et tu les détestes car elles se laissent faire, quelque part elles entachent ce que tu es, elles te font honte car elles ne savent pas être à ta hauteur, mais pourtant, tu exacerbe ta féminité jusqu'à en faire parfois même ton cheval de bataille, crois-tu pouvoir te faire une épée avec des idéaux que tu n'as pas? Et tu détestes les hommes, car ce sont eux qui donnent cette image des femmes, alors qu'ils sont aussi misérables qu'elles, l'orgueil en plus. Tu maudis leur suffisance et te fais un plaisir de les remettre à leur place, toi qui est capable de leur tenir tête, toi, aussi forte qu'eux, sinon plus. Tu crois ainsi pouvoir refuser du revers de la main que toi aussi, tu es faible, car certains t'attirent... Tu n'as besoin de personne, tu veux y croire, alors, tu insultes le monde pour lui faire comprendre qu'il est de trop. Au final, c'est bien tout ce qu'il te reste, ce dégoût du genre humain. Dégoût de ceux que tu juges inférieurs, tu te caches derrière ce mépris... C'est tellement plus simple de se croire à part... Mais au fond, tu crèves d'envie d'être comme eux, car tu sens que tu es creuse, rien qu'un vide, un manque mais tu ne sais pas de quoi, et tu cherches sans jamais rien trouver, tu dévores et dévastes le monde car tu te sais incomplète, et tu ne fais que les détester un peu plus, eux les normaux, eux, ce qui t'ont créée, ceux qui ont oublié de placer une pièce essentielle en toi. Petite poupée sans but à qui on a donné une âme.”

Hybris avait vite perdu son sourire. Personne ne devait jamais dépasser les apparences. Car il n'y avait rien à trouver en dessous, pas de coeur qui bat, juste un chose faiblarde et sans forme, sans envie, sans mort. Pas de Rêve. De crainte d'être une créature neutre, sans caractère, sans personnalité, sans vie propre, simple reflet du créateur, outil prolongeant sa main, Hybris était tombée dans l'excès et l'exagération, elle s'était inventée, chaque trait et aspect de sa personne avait été choisi avec soin par elle-même. Tellement bien qu'elle s'était persuadée que si elle cessait ne serait-ce qu'une seconde de jouer son rôle, il n'y aurait plus rien, juste une silhouette à modeler, flexible. Elle cherche à se persuader qu'elle n'est pas une machine, une invention, elle veut se croire plus humaine que les humains, une quintessence, comme les fleurs que la main de l'homme croise pour créer des merveilles que la nature ne pouvait engendrer seule. Chacun de ses actes est un choix qu'elle fait pour donner le change, se construire un peu plus, s'enfermer dans son personnage, car en réalité il n'y a nul caractère, nul pulsion à subir, du moins c'est ce qu'elle pense. Une feuille vierge qu'elle a choisit de raturer pour éviter que quiconque vienne y écrire quoi que ce soit.

_________________
"Et son ADN peut muter et elle peut se transformer en pigeon des mers" Douceur
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Isilwen Loendë
*Homme*
*Homme*


Nombre de messages: 868
Localisation: Dans la m**de jusqu'au cou...
Métier/Fonction: Modo à la solde du Perverted Corrupted Suprem Spirit // Conteuse en formation

MessageSujet: Re: Ni d'Eve ni d'Adam   Sam 14 Nov 2009, 12:36



Nous aimons les oppresser, les piétiner, les faire se recroqueviller contre la paroi dans un réflexe enfantin.
Mais celle-ci a la bravoure du lion orgueilleux cerné par le feu.
Elle se bat jusqu’au bout, totalement impuissante, mais fière et enragée, insoumise.
Au début nous sommes surprises par cette maîtrise de soi que notre victime semble avoir.
Nous reconnaissons là la marque de ceux qui se croient forts, les puissants de ce monde où nous n’avons pas de place.
Nous n’aimons pas les orgueilleux qui tiennent tête, nous préférons les soumis aux oreilles tendues à l’écoute de leurs fautes, terrorisés.
Celle-ci aura aimé partager ses fautes avec nous, comme si cela l'amusait.
Mais nous avons fini par la calmer, la tigresse. Elle nous a provoqué, sure de gagner encore cette bataille, mais l’adversaire du jour était trop fort.
Petite impératrice déchue, étrangère dans le royaume des ombres, qui se sera battu en vain pour finalement se soumettre, perdant son sourire en se sentant percée à jour.
Car ça y est, nous savons. Nous avons révélé la pierre froide qui compose son être tourmenté. Elle s’est vue mise à nue et n’a rien pu faire.
Nous savons tout a présent de ce concentré de glace empoisonnée et de haine.

Ah, nous aurions aimé la garder encore, mais le choix ne nous est pas proposé.
Alors dans un petit ricanement, nous retournons dans nos limbes, en attente du prochain.
Auparavant nous laissons tomber la Clé sur le sol de la pièce…qui est soudain envahi de lumière, révélant le Passage…



_________________

Aiklandiennement Vôtre
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://soso-time.skyblog.com
 

Ni d'Eve ni d'Adam

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Aïklando :: Préliminaires :: Nouveau Départ :: Salle Blanche-
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet