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"Homme libre, toujours tu chériras la mer !"
"La mer enseigne aux marins des rêves que les ports assassinent."
"La sagesse, c'est d'avoir des rêves suffisamment grands pour ne pas les perdre de vue lorsqu'on les poursuit."
"Il est des moments où les rêves les plus fous semblent réalisables à condition d'oser les tenter."
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 Promenons-nous dans les bois... o/`

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Sorcor
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MessageSujet: Promenons-nous dans les bois... o/`   Ven 10 Oct 2008, 22:14

RrrRrR… RRrRrr… rRRR

Rhmf !

Miachk miachk…


La silhouette humaine allongée au sol se retourna sur le flanc gauche en mastiquant un dernier morceau de sommeil avant d’ouvrir une paupière, déconcertée. Son matelas de coton moelleux et douillet avait fait place à un sol dur et chaud durant la nuit. Et ce n’était pas le seul à avoir disparu, découvrit l’homme en réveillant son deuxième œil : sa chambre entière s’était fait la malle. Il se redressa, stupéfait, ses mains laissées pour mortes entre ses jambes arquées, et fit un long tour du regard. Rouge… Il se frotta les yeux, cligna une fois, puis deux. Leva un bras et flaira dans un froissement du museau l’odeur de ses aisselles. Non, elles ne sentaient pas si mauvais, alors pourquoi sa pièce préférée avait-elle pris la fuite ? Que faisait-il ici ?

Groumph !

Il n’aimait pas trop beaucoup ça… Malgré son apparence de guerrier fort et débrouillard, Sorcor était, quelque part par là où c’est bien plus enfoui, un vieux môme capricieux habitué à sa routine. Ce changement d’adresse lui faisait danser ses oreilles à la manière de radars déchaînés, les crocs prêts à attaquer au signe auditif d’une menace. Curieusement, il ne sentait pas la moindre odeur sur lui ou dans la pièce indiquant qu’une tierce personne l’y ait déposé. Au moins semblait-il seul, c’était… Non, c’était pas rassurant, mais s’il avait senti quelqu’un il se serait tout de même un peu énervé. Il bailla dans une ouverture de gueule impressionnante, affichant toutes ses dents affûtées, puis gratta d’une griffe la toison noire recouvrant son torse. Enfin, sa grande langue rouge humidifia ses babines en un seul passage; il avait faim, ça y est.

Pauvre bougre de toi, Sorcor.

Prenant son élan d’un claquement de main par terre, il se redressa, chavirant périlleusement sur un côté, cognant sa tête avec enthousiasme au plafond trop bas. Un gémissement plaintif s’échappa alors d’une babine retroussée tandis qu’il se prit à se masser le sommet du crâne atteint de surdité intellectuelle momentanée. Il découvrit en même temps avec plus de curiosité encore que parmi toutes les nuances de rouge composant la salle se dessinaient des images, des photos, des lignes et des scènes… Lui. Ses fentes d’Anubite mal léché lui faisant office d’yeux au réveil s’écarquillèrent d’incrédibilité. Plié en deux par les problèmes de dimension de la salle –ou de la croissance abusive de l’homme-, de plus en plus mal à l’aise, il entreprit de feuilleter ce catalogue biographique en longeant les murs qui ne se terminaient pas de longueur. Tout était disproportionné, infligeant au guerrier un sentiment d’oppression et de vertiges constants le rendant très nerveux. Il fallait être très sûr de soi pour provoquer de cette façon 100 kilos de chair armés faisant des éclipses à chaque coin de rue. Mais tout doucement, le plafond parut s’éloigner, lui laissant la place de s’étirer, et il se prit au jeu en appréciant chaque image de lui. Oui, il était quand même plutôt narcissique.

Pauvre bougre de toi…

Ses longs doigts sertis de griffes parcouraient certains clichés, retraçaient une silhouette familière alors que ses canines scintillaient dans une grimace qui se voulait sourire. Une oreille blanche tachée d’ocre le fit s’arrêter un instant, s’interrogeant sur le devenir de sa propriétaire tandis que lui était ici. Peut-être avait-elle besoin de lui ? Et puis la truffe noire à côté-là qui fit dilater ses pupilles en amande… Il plaqua ses oreilles dentelées sur son crâne et grogna faiblement. Tournant la tête à la recherche désespérée d’une issue invisible, voulant rejoindre les siens –et si c’était un complot contre les Anubites ? S’ils étaient à l’aube de leur extermination ?- il fit un tour sur lui-même, des pas désordonnés et des pirouettes rageuses, et se trouva museau à museau avec un miroir. Tiens, il n’avait pas encore remarqué sa nudité. Le reflet de son corps athlétique bruni par le soleil de Ghurol et zébré par les cicatrices le menaçait de tous ses muscles bandés. S'apaisant, il passa sa main sur sa tête de chacal brune mais n’y découvrit pas de bosse, et en se tournant pour mieux voir son dos, il ne put voir que sa crête de poil parcourant l’échine et les quelques autres marques de combats qu’il connaissait déjà. Il n’avait pas été amené ici par la force, en fait on ne l'avait même pas réveillé. Quelle honte...

Pauvre bougre de toi, Sorcor, qui défie mille soldats au petit déjeuner, et qui meurt au premier cauchemar. Tu n’es pas ridicule, tu n’es pas non plus faible. Regarde-toi de mes yeux… Combien j’ai pu t’empoisonner avant de faire de toi un mâle digne d’avoir autre chose. Combien j’ai du dépenser et tout ce que je t’ai laissé. Ce que je t’ai repris. M’en voudras-tu ? M’en as-tu seulement voulu, pour de vrai ?

Dépité, vaincu par la Salle Rouge, il laissa choir son front contre le miroir et ferma un instant les yeux.
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MessageSujet: Re: Promenons-nous dans les bois... o/`   Lun 13 Oct 2008, 11:36




Ces créatures sont toutes les mêmes. Rien que des bêtes ignorantes et prétentieuses. Certaines prennent une apparence qu'elles espèrent noble, d'autres se montrent sous leur jour animal. Je ne sais si c'est un choix, une sorte de franchise, ou s'il le font par dépit. C'est peut-être une punition divine, de ne pouvoir se masquer. Je ne sais pas si j'ai un peu de sympathie pour ce chacal, qui possède le physique de ce qu'il est réellement. Il me répugne. Quand l'hybride finit par appuyer son front contre le miroir, écœuré que nos images se touchent, je me recule, mais ses yeux fermés ne discernent pas ce mouvement. Les miens, luisants sur son reflet, d'un vert toxique, observe cette pauvre chose. Du fond du cœur, je la plains. Et je la maudis. Les vivants se trouvent toujours malheureux, ils ont mal, ils ont froid, ils voudraient toujours devenir un esprit pur. Mais ils sont vivants, ils ont un corps, ils voyagent. Cette enveloppe est peut-être une prison, mais ils peuvent la déplacer, la modeler, s'en servir. Moi je reste prisonnier et je les envie, au fond.
La clé sanglante apparait enfin dans ma main. Mes yeux s'agrandissent et la folie rit sur les lèvres que je lui ai empruntées. Maintenant qu'il s'est accepté, je peux enfin détruire cette enveloppe charnelle. Je saisis la clé comme un poignard que je tiendrais à deux mains, la lame tournée vers ma poitrine d'Anubite. Et je me martèle de coups. La clé s'enfonce pour créer des plaies, des serrures. Mes gestes sont rapides, mon visage fou. Je jubile. J'espère qu'il ne manque rien de la scène. Son reflet est son assassin. Je le libère. Soudain, percé de toute part, je m'arrête. Je tourne la clé vers lui, elle est levée au dessus de ma tête. Je l'abats comme pour le clouer à son tour. Mon bras n'atteint que la glace que je viens de tuer. Nous nous écroulons, il peut fuir par le passage noir.





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